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Jui11etøn,

Jui11etøn,

LA. MERE-FOLLE.
_ HISTOIRE TRAG1QUE.
( Fin. Voir le numéro des 2, 3, 4, 6 el 7 déccmbre.)
VI.
La conscience pub!iqiie qu'avait éclairée lout-a-coup cette
accusation directe
, avail ordonné impérieusemhnt !'arreslatlOfl
IaMère_p otle des demix Personnages désigues Si clairement par los acteutSde
, et celle d'Urbajn Gairard soupconné dans ce
premier Momen ,
t d'ejiervescence d'une odieuse complicilé. C'é-
tale 'a voix du peuple
, Ia voix de Dieu et chacun so courbait
Sous cot artét Souverain rendaut grace , a
tendue celte lumière mat-
qui Venait de siIlnner dans toute leur profondeur lea
ténèbres quele crime availepaissiesautourde liii. TouLlereste
du Jour, touleta
flhlit, lesmaisons furentdésertes. La yule en-
here S'agitait
, bourdonnait dans los rues e sur les places aux
portes d t
Ia deuneure de Gairard de I'hOtel du premier pré-
sident, devant le parlernent, prés de la prison, el fermentait
$issajt phriagin COmnme une ruche Lroublée. Ii y avail quelque chose qui sai-
at
des écjais de rire ion dans cc cri lugubre retentissant an milieu
, dans cc mélange terrible dé la. bouffonerie n
tOflime et de la mort. La justice divine avail pris 113 masque de la folie
jOie grossj1.0 pour trapper de plus de terreur ces caurs ivres d'une
, Ces Léles pleinés de verlige. Elle avail épanoUi
tout's ces figures avant de reciter cette etlrayanle parabole et
to forit S'étail ,
écrjt SUI le front des coupables comme lea let-
élait grand5 tEes de feu sur les mars du festin de Balthazar. L'agilalion
, les imprecations Si énergiqucs que le pane-
ent fut obige d'intervenin pour protéger to vie des accuses
ces quo to people clans sa justice expCditive voulait niettre en pie-
Le clurge Iui-inêwe
, craignant d'exciter Un soulCvenient,
fl'os5 réclanier Ouvertement Un de sos membres mais 'sot
,
d'agir en secret Vu courTier ful expedia a Paris et Un arrCt
,
- :..

du conseil d'etat ordonna quo l'affaire serait maintenue a l'égard
de trois personnages.
Lea jours snivans tonics les afl'aires cessèrent encore dans
Dijon. Chacun interrogea ses souvenirs, et, comme it arrive
toujours, chacun ayait mule preuves accablantes. L'un, de tout
temps s'élait doutó de I'amollr do Gairard pour Séraphine;
l'aulre avail entendu dire quo la femme du conseiller, , morte
entre les bras de son mari et de son fils , avail expire clans des
souffrances horribles ; celui-ci prétendait se rappeler avoir yen-
eDniré Gairard Ic jour du crime et avail été fppé de son trou-
ble et do sa démalche ma! assurée. II se formait ainsi un fai-
ceau de conjectures, d'inventions, de mensonges, de ruineurs,
qui allait en se grossissant sans cesse, ci !e lendemain, lorsque
bus les écoliers de Ia yule accompagnèrent, tote nue, to corps
de Cadolas It sa dernière demeure, i'un d'eux s'arrêta en pas-
sant devant In maiSon du premier président, et s'écria
—Vengez-!e I
Car personne parmi eux ne doutait que le poison qui avail
tue l'ëco!ier n'eüt Ole verse secrètemenl par lea coupables,
instruits sans doute do son dessein, et qui avaient ma! calcuté
Ic tents nécessaire pour fermer cette bouche accusatrice.
a
Cependant, moms passionnée, la justice commencait s'é-
garer dans Un labyrinthe oU !e III qui devait la guider, se rom-.
pail a cheque pas. Lea preuves positives disparaissaient eons
see investigations ; ses recherehes n'amenaient que denies et
ténèbres. La conviction morale existait an fond do tons les
occurs, ferune, inébranlab!e ; mais aucun lieu Wen rattachait lee
élémens épars ; !e sang do Burdéus était visible it tolls lea
yeux, la trace en conduisaitjusqu'à Gairard, mais Ic fait maté-
riol échappait aux mains qui dernandaicnt it In toucher, et Ia
eompticité s'évanouissait coumne Un réve, comme un fantôme
sans corps. It était vrai que Burdens, entré chez le conseiller,
on était sorti avec lui. Gairard ne !'avait jamais nié, tout an
Conti aire c'étail mi qui avail prevenul !es magistrate de l'atla-
que et du meurire : it était vrai aussi qua son ills Urbain et son
secrétaire Esbaldi avaient assislé an souiper ob Von avail servi
a l'ancien marchand des vms declines a troubler sa raison.
Mais depuis son depart de Dijon, Seraphine Tellez n'avait pas
reparU dana la yule ; bus lee temoignages attestaienl qu'eIle
élait restóe constamment au château de Gimond ; inais l'Ita-
. - -

lien avail disparu sans qu'il ft possible do dCcouvrir to lieu
de sa retrain. Le vieux manoir at Ia deineure de Gairard
avaiont Clé fouiltés, tons les papiens saisis : nu!le trace, nul in.-
dice, aucune lettre. Qui done avail verse le poison a Cando-
las ? On l'ignorait ; personne n'avait reconnu Eshaldi. Les ac-
tours du drame, interrogés, répondaient qua Candolas s'élail
borne a leur apprendre tours rOles, etqu'ils ne savaient rien
de plus. L'Ccolier sent aurait Pu donner le mot do cello san-
g!ante énigme et guider sCrement In bras du bourreau, et Is
tombe s'Ctail fermée tine seconde fois, muette pour !'CternitC
SéparCs les uns des autres, lea accuses n'avaient qu'un mOno
système de defense; coupab!es on non, its opposaient a tOUles
lea questions une dOnégation Oternelte. Le mOrne danger tear
avaitindiquC la mOme voiede saint. SOraphine repoussait lea
accusations avec hauteur, Gairard disail qu'it en atteudait de
sOnieuses et de réelles, eL Urbain protestaildeson innocence et
de celle de son pere. Seulement c'Otait liii doot Ia coritenanee
était moms assurée, los regards et tes paroles moms formes.
Ainsi a mesure que lea jours s'Ocoulaient l'exclanation de
, ,
Seraphim en apOrcevant le visage livide de Candolas
, cc en
pousse par l'instinci de Ia conservation , grandissait comme
tine sauvegarde ulacéc entre elle ci le glaive de la loi. La ye-
qni semblail d'abord si facile a
rite , découvnir, reculail sans
cesse eL so rOfugiait dana Ic sanctuaire des consciences. C'OtaiL
la qu'il fallait la saisin; c'Otait ce dernier asile qu'il fallait for-
cer. AprOs vingi interrogaloines , la torture fut dOcidOe, Ia
torture prOpanatoire preuves tenantes
, , manentihus indiciis,
comme on disait alons.
Les trois accuses fiirenl amenOs dana une vaste salle sombre,
tendue de noir , éclairOe par des flambeauxquijetaierit one
lueur fuitObre. Sur tine estrade placée an fond siOgeaient trois
juges assistOs d'un greffler et changes do recueilhir !es aveux I
véritables on mensongers quo Ia douleur annacherait aux pa-
liens. An milieu se tenaient quatre hommes, los bras nus,
prOts a remplir avec insouciance leurs tristes fonctions eL dis-
posant lea instnurnens de' torture des places qui nougisSaient
,
dans des réchauds eaflammOs, des lits de bois oi le corps re-
term par une ceinture s'alongeait on diminuait sOIlS l'effort
inesurO des ressorts de fer. Cello salle qui no necevait jamais
,
Ia lumiOre du jour, exhalait une odour do lombe ; l'air y Otait

fOtide et lourd et causait des vertiges. Trois ponies s'ouyrirent
suecessivement , et par chacune d'elles entrOrent SOraphine
d'abord ensuite Claude Gairard
, , puis Urhain. Leurs regards
se cherchererit d'ans cette demi-obscuijtC. Do ces Irois person-
nages
, nil so laissait conduire comme une viciline rOsignOe
les deux ailtres sembtaienl soutenus par une exaltation fébrile.
La justice huinaine deployait ses niguenis a
, nials Jeur Wan t
Ia punilion n'eOt pas manqué : lea coupables s'élaient chétiOs
eux-niOines , SOraphino on se nendani criniinelte pour qui
l'avait perdue , Claude Gairard en devenanl homicide pour l'O-.
pouse adultOre qni no l'aiinait
pas , en se chargcauut du plus
pesaumi do tons les fardeaux
, d'un assassinal inutile. Plus d'une
fois le i'eniords Otail entró dans son ame , plus d'une fois it avail
pleurO on songeant it son fits, etil cherchait a distinguerses
traits a lire sun son visage tine pensOe secrete
, , un pardon
peut-Otre. Mis le jeune homme restail la tête inclinOe
, lee
yeiix baissOs ci lea mains jointes sur sa poitrine.
Un deajuges prit la parole.
Urbain Gairard demanda-l-il a
- , , persistez-vous vous dire
innocent? .
— Oui répondil le prOtre et si vous l'lgnorez
, , , Dieu to sail.
Dieu quo vous invoquez
- , , nous refuse la lurniOre. Confes_
sez la vOritO. EL it lui montra do la main los instructions de t o r-
ture.
Claude Gairard frémil et tourna les yeux Vera son fits,
connie si son propre courage out dOpendu du courage de ce
jeune liomme.
Urbain toujOurs calme
, , jeta tin regard mClancolique SUF lee
apprOLS du supplice et repondit avec l'accent d'un martyr.
a
- iulle douleur West inconnue mon cmur : faites do men
corps cc quo VOus voudrez.
- El vous, Claude Gairard, continua lejuge, n'avez-,ous
nien Li avouer I'
lien , dit to conseiller, quo In dévoement de son fils rat-
chait - a la Vie.
Et vous
- , SOraphine Tellez P
Elle fit attendre sa rOponse quelques secondes, et ce court
espace do terns parut un siècle a Claude Gairard.
- Bien , dit-elle enhin.
Soil quo to caprice des juges l'eOi dOsignOc, soil qu'un sen-

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