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TROISIEME PARTIE.

TROISIEME PARTIE.
L'ARTISTE ET LE SOLDAT.
(Voir, pour la preniérepartie, lea numéros du i/s au 26 octobre, et, pour la
seconde, ceux d e s 20, 21 et 22 noveinbre.)
1.
Sur le scull de la porte bâtarde d'une maison ddlabrde situde dana one rue
-u centre mdme de Poisay, on recnarquait, il y a déjà quelques anndes, une
'vieille femme assise sur mm chaise longue, lea pieds poses sur une chauffe-
Tette on un petit tabouret de paille, suivant que le soleil était ardent on to
del convert de nuages. Malgré les mule plis de son visage et lea cheveux
btancs qui s'dchappajen(de dessous son bonnet, on ne pouvait regarder la
pauvre vieille sans plaisir. Son mil,terni panes ans, exprimait Is bontd d'un
ange ; sa voix dtait dance comme celle d'une jeufle flUe, sa parole to'ijours
bienveillante,
son sourire toujours amical. ElIe vivait settle dons sa maison,
et, attendu son grand Age, cUe cOt Pu souvent pAtir faute des soins qu'il ru-
dame. Mais
on la respectait et on i'uimait lant dans le voisinage, que chacun
se disputait a
tour tour l'honneur de mi We utile et de lui rendre gratuite-
anent des services quelle ne pouvait payer.
Aussi, depuis Ic maIm qu'elle se levait et venait s'établir sur la porte, avaiL-
eIle souvent a sea cétés pour deviser doucemeut, on dans i'intérieur de Ia
snaison pour approprier son petit ménage, une voisine obligeante ci servia-
ble. Puis, quand
Ic soir venait et que la (Ache journaiiére de tons était termi-
née, femmes et enfans accouraient, Se rangealent autour d'elle et tAchaient
de
ranimer par des paroles consolantes et d'égayer par le spectacle de jeux
felltres Ce reste de vie prêt a s'éteindre.
Cette excellente viellie étajt M' Pignolet.
Au jour oh nous sommes ar-
rivés, elle veriait de compter quatre -vingis ans. Depuis le depart de son
e nlant, II y avaiL alors
une trentaine d'annues, die avait perdu son man,
et plus tard sa fille. Le baron Truffaut
et Athanase avaicut did tués ; Ic
reate de In famille de Clara et Clara elle-mdcac avajent successivement
Luccombé, de sorte qu'aiicuu visage arni no se pouyait plus montrer a

elle, et qu'elle était restéc seule an monde, seule avec on espoir, pour -
taft
Deux ana après Ic depart de Paul pour lea Indes-Orientales, on recut tout-
ii - coup la nouvelle que Ic bétiment qu'iI montait s'Ctait perdu et que l'dqui-
page avaiL pen. Pignolet vivait encore. II fit si bien, qua sa
entin I vérité. Elle fut accablée de cc coup atTreux, la pauvre mere, et son
chagrin dura de tongues annues ; puis entin, Un certain jour, sa figure re-
pnit sa sérénilé et sa bienveillance ordinaires
soiL
Chacun s'applaudissait de eeL heureux changement et l'attribuait ,
qul énerve la
an tems, qui use tout , soit Ii I'influence de la vieillesse ,
seosibilité, soit a d'autres causes encore ; mais, comm. eMmePignolet ne
s'expiquait point et no pronouçait indme plus Ic nom de son lila ,
qu'enfmn dIe avaiL trouvd dana sa religicuse resignation ma baume coso -
lateur
Plusieurs annêes encore avant l'époque oi nous somines parvenus, Un
matin, la physionomie de Mmc
prononcée que de coutume, et, par quelques réticences, elba semblait faire
I lui demander La cause d'art conteatcment munifcstC avec tant d'aban-
don
- Ah ! nh ! répondit M'' Pignolet en souniant et avcc Un accent mystd-
rieux c'esLjuste, vous ignorex. . . mais je vais vous apprendre. Vans si
, . . . .
m'aimez et vous partagerez ma Joie. Sachcz done, ma bonne arnie, ajouta -
( - dIe peadntq'une larine de joie bnillait datu sea you; sachz que Paul
va revenir.
II y avait alors plus de vingt one que l'artiste s'était embarqué. Depots
bra, la France avait lutté contre l'Etirope entière ; Un empereur était tombd
dent fois ; d e s haines, des dévoirnens, des passions de toutes sortes, avaient
eu to tetri de Ilaitre, de grandir ci do penn. Pour tons enfans devenus horn-
mes, Ic teals avaiL marctié. It avail fait succéder a un désir on autre ddsir, A
une ambition une autre ambition, a un amour un autre amour. Mais pour
dIe, Is bonne mere, Ic sentiment qui Ia doinine eat fixe, irnmuable, eter-
net Des revolutions se souL accorniilies a
.
dIe eat a tremble, et dc n rien We. vu, rien senti, rien que son amour pour son
enfant.
EL cet enfant, it vit toujours pour dIe. Vans tons qui lui avez annoncé
son trépas, que
vous l'avez cru, vous l'avez rdpété simplernent naturellement •
,
vous n'y avez plus songé. Mais elle, cite as pout vous croire comme cola ;
a
site no pent cousentit perdre son espoir Stir un

révolte contre vos paroles ; elle suit bivau quo vous avez menti ; elk
i vous aviez dit vrai dIe scrait monte cant fois, la pauvre
sail bien que s ,
femme!
En achevant de parler, We Pugnolet mit un doigt sur sa houche, saisit
femme appnit sa voisine par Is main et I attira dens la salle a manger. Lk, cUe Iui fit sigrie
de s'asseoir, prit Un side pour elle-mérne, et continua ainsi, pendant quo sea
yeuxbrillaicnt d'un feu extraordinaire
0 - ii, oui, it va revenir.Elle me l'a bien promis.
-
Qui dIe ?
-
- C'est vrai, vous n'étes point an fait. Voici cc qua c'est : qund on you-
tut, Is premiere fois, me convaincre do Is mort th moo pauvre Paul je torn-
,
on crut bai malade de chagrin. Je croysis ne point me relever. Die déstra m'é-
prouver encore. Ye revins I la vie quoique ma sauté depuis ce tems Ik
, -
j'avais toujolirs
Wait jamais étd aussi complete qu'auparavant D'ailleuirs ,
une
la memo angoisse an cceur. Une nuit que je s.uffrais beaucoup ,
d'intelligence et de don-
Pigriolet exprmait une satisfaction plus creature d'une figure resplendissante de beauté ,
ceur, entra sans bruit dans ma chambre, s'approcha do man lit et inc dit
allusion uu bonheur gui lui dtait promis. Une voisine se hasarde alors avec un solirire dont langéIique expression est sans ceses devani mes
ye x : Femme ! on t'a trompCo. Paul West point mart, it reviendra - ()
' -
Cie] ! m'dcriai-je reinplie de joie, est-it possible ? - Je to Ic promets.
Bonté divine ! ajoutai-je avC transport. Moiis gui étcs-'ous , alin queje vote
je dois me fier a voi prorneses ? - La mere do ton Dieu mont sur to
croix et j'ai pitié de toutci lea douleurs matennIIes. Ranuis ton cti-
grin, car, je te Ic rdpéte, tu reverras ton fits. x Après avoir dit ces mots, cue ,
disparut.

uoique la voisinede M'° Pignotet ne fht point on esprit fort, die pens aL

cependant pie la pauvre mere dtait dupe d'uri songe favorable pal lui rendajL
a
la vie, etelle se garde bien de chercher détruire uno illision ii bienfaiante.
An reate, t'Age do is veuve de l'ancien musicien et t'atfaibtissernent 1e sea fa-
cultés joints S as tentiresse infinie pour son enfaut, expliquaicnt naturelle-..
ment sa foi superstitieUse.
Or, reprit-elte en souriant et en posant Is main sur Ic bras de cello k
-
cété d'elLe, Ic monde sur lequel qui elle parIah aim d'altircr toute son attention. de Jour en jour, je Ic sells
je m'affaiblis, Jo rnIT 'aiblis beaucoip. Aunsi, Paul no pent birder rereilir '
JC Ic revorraiS avant (Li former lei
puiiqu'elle a prOmis qiC yeu' .. Oh ! it
pout arriver, cc chr enfant !tout est préparé pour Icrecevoir. Venez IS-haut
vous importait ? C'était on fait ordinaire : out vous I'a dit, ajouta-t-ellc en entraiflant sa voisine dans une chambre du premier dta's
et' puis de la maison dont dIe conservait la. clé. Tenez, continua-t-elle lorsqu'ela*
ycurent penCtré, voyez comme cela est propre et avenant ; tout a etd pie-
mot de vous, olle se pard et arnangd de mes mains. Ccci no sent pas Ia gene coinme au tecus d.

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