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Rouen, Septenibre.

CAUSES DE LA RETRAITE DU JOURNAL DE L'EURE.
En annonçant dernièrement la retraite duJournal de l'Eure,
nous en avons indiqné le motif principal , la suppression des an-
nonces judiciaires. Une action judiciaire qui vient d'être intentée a
l'imprimeur du journal par le liquidateur de la. société , et qui a été
jugée a Evreux par le tribunal civil dans ses audiences de mardi et
mercredi dernier, , a mis a flu toutes les causes déplorables sous
lesquelles le journal a succombé et devait infailliblement succomber.
. £'est un triste episode des douleurs , des souffrances de Ia presse
indépendante dans les départemens , et c'est pour cela pie nous
£E0OflS devoir le rendre public pour l'instruction de tous les hommes
de bien , de tous les amis du pays, qui, sous l'empire d'une fatale
illusion , croiraient encore a Ia liberté de Ia presse , décrétée par la
charte. Voici un résumé des faits, tel qu'il résulte des débats:
Commandité par Ic propriétaire duJournal de Rouen, M. Du-
breuil avait acquis, en 1839, de M. Cercelet, I'imprinierie et Ia pro-
priété duJournal de i'Eure,qui , jusque-la , avait joué un rOle
assez insignifiant dans la presse politique. . Le but de cette acquisi-
tion , effectuée sous le patronage des hommes politiques les plus
Oniinens de l'Eure, était d'assurer un organe special et local aux
patriotes de cc dOpartement et a la cause démocratique.
M. Dubreuil s'Otait chargé à-la-fois des soins de la redaction du
journal et de l'administration de l'imprinierie. Cette double tâche
ayant , au bout de quelques mois , paru au-dessus de ses forces,
on appela de Paris un Ocrivain politique , M. Selme-Davenay, qui
prit la redaction en chef du journal.
I)ans cette nouvelle position , to journal prit un grand essor de
publicité et atteignit au chiffre de 700 abonnés. Le bénéfice des
annonces judiciaires se combiriant avec celui des abonnemens , le
journal n'était pas une bonne affaire au point do vue industriel
niais ilrecouvraitses frais, et, par IA, it suflisait au but qu'on s'en
O[ait propose , la propagation des doctrines démocratiques et la
discussion francheet énergique des intérOts du pays et du dépar-
tement.
Mais la loi du 2 juin fut promulguée ; on sait l'usage qu'en fit
immédiaternent le parti qui nous est hostile. LeJournal de t'Eure
fut compris dans la proscription générale qui frappa toute la presse
opposante.
II devint evident pour ses fondateurs que, privé de la ressource des
annonces judiciaires, ses recettes ne pourraient plus balancer ses dé-
penses, et que le budget de chaque année devrait se solder par une
perte assez considerable. Ii four parut equitable que la charge do
pareils sacrifices ne pesât pas exclusivement sur eux souls ; its fi-
rerjt done un appel au dévoment des patriotes , et cot appel fat en-
tendu.
De là sortit Ia combinaison suivante : une société d'actionnaires,
Ius par le soul mobile d'assurer l'existence a l'organe do l'opposi-
tion , se rendit acquereur do brevet, du materiel d'imprimerie et de
Ia propriété du journal. L'imprimerie fut passée a bail a M. l)ubreuil,
titulaire du brevet, avec lequel un prix fat convenu pour l'impression
du journal; M. Dubrenil resta gérant , et M. Selme-Davenay rédac-
(cur, sous La su: veillance d'une commission administrative.
Au bout de quelque tems , la commission crut reconnaltre que
l'importance des pertes ne tenait pas seulement au nianque de re-
cettes suffisantes , qu'elle résultait aussi du fait de mauvaise admi-
nistration. H s'éLeva a ce sujet, de la part do La commission, do vifs
reproches, a Ia suite desquels M. Selme-Davenay donna sa démis-
sion , qui fut acceptée.
. C'est alors que M. Charles Blanc fat appelé a la redaction du
journal par le conseil d'administratiori , et ce choix fut ratiflé dans
deux reunions successives des actionnaires.

Les choses n'en allèrent pas mieux sons le rapport des intéréts
matériels do l'entreprise; la redaction avait quotidiennement a es-
suyer l'effet des plus mauvais vouloirs de la part de l'imprirnerie,
et l'on fut amené a supposer qu'en cela M. i)ubreuil se laissait fâ-
cheusement entramner par le besoin de servir les intéréts de Al.
Selme-Davenay, dontil étaitdevenu Ic beau-frére.
Cette conjecture se changea bientOt en certitude lorsqu'on vit
M. I)ubreuil, au mépris de l'engagement verbal naguère pris vis-a-
vis des actionnaires,de ne jamais préterses presses ala publication
d'un autre journal, employer ces presses, qui étaient la propriété
du Journal de l'Eure , a La publication del'Echo de la Normandie,
journal fondé par M. Selme-Davenay.
Les actionnaires s'Otaient bien résolus a des sacrifices dans I'm-
térét de la cause des libertés , mais its ne pouvaient se résoudre a
voir ces sacrifices rendus indétinimerit stériles par les procédés hos-
tiles du titulaire du brevet de l'imprimerie. bans une dernière rOu-
nion , its résolurentla dissolution et la liquidation de Ia sociétC ,
dont M. Charles Blanc fut nommé liquidateur.
Comme premiere mesure conservatoire , M. Charles Blanc you-
lut faire mettre les scellés sur l'irnprimerie , qui est la propriOté
incontestée de la sociOté duJournal de I'Eure ,auin de procéder
immédiatement a la vente par adjudication , La seule possible dans
l'espèce.
M. Dubreuil , ayant introduit on référé devant le président du
tribunal civil , obtint un sursis a l'exécut:on , sauf a comparaitre
peu de jours après devant le tribunal , taut pour vider le référé
que pour plaider stir le fond.
Mais devant le tribunal, M° Avril , dans I'intérêt de M. Dubreuil, a
soulevé une exception d'incompétence , attendu qu'il s'agissait de
faits commercitiux entre commerans. Toutefois if a cru devoir en-
Lrer dans l'historique des démèlés de M. Dubreuil avec le conseil
i'administration, et it l'a fait dans des termes qui ont motive tine
nergique et éloquente réplique de Me Saudbreuil, un des membres
:lu conseil et avocat de M. Charles Blanc.
C'est dans ce déhat contradictoire que nous avons recueilli les
aits quo nous venons d'exposer dans toute lour triste véritO. Certes
Lzfl conseilqui avaitàsa tête le vénérable Dupont (do I'Eure) aurait
lii se croire a l'abri des recriminations violentes dont a retenti to
Drétoire d'Evreux. Mais it a trouvé une éloquente reparation dans la
énéreuse et chaleureuse refutation de M" Saudbreuil, et si aprés
ela il avait en encore besoin d'apologie , on petit dire qu'il a Oté
omplètement vengé par l'organe du ministére public, M. Millevoye,
lui n'a paspu s'empêcherde qualifier de téméraire l'agression et de
'endre plein hommage a la loyautO de la réplique.
Au surplus, le tribunal , tout en se déclarant incompetent stir le
nd, a admis le provisoire en ce qui concerne l'apposition immé-
hate des scellés stir les presses.
Le reste appartient aux futurs coritingens. Cc qu'il y a de trés-
)résumable , Cost que , queUe que soit l'issue du procès , Ia société
lui so liquide n'obtiendra pas du gouvernement la transmission du
)revet a qui pourrait en faire profiter Ia presse indOpendante. Les
leux autres imprime.ries de la yule étant au service du parti dit
onservateur, le rétablissement d'un organe patriote devient fort
roblématique pour tin tems indéterminé.
De sorte qu'en dernière analyse leJournal de l'Euretombe
ictime do deux monopoles, de celui des annonces j udiciaires et do
3elui des brevets d'imprimeur. Et cola arrive en l'an de grace 1843,
reize ans après tine revolution faite par la. presse , et qui avait pour
ut d'asseoir pour jamais en France to règne de La liberté en tout
t partout!
M. LE MINISTRE DU COMMERCE A ROUEN.
M. le ministro du commerce, accompagné do M. Sénac , direc-
Lour du commerce intérieur, , est arrivé hier matin dans notre ville,

• revenant du Havre. II s'est mis en rapport avec la chambre do com-
merce vers neuf heur,s ; I'entrevue a duré deux heures et demie..
La conversation a porte principalement sur le projet d'agranclisse-
ment do nos entrepOts sur l'arnélioration du coi.irs de la Basso-
,
Seine et stir les droits a imposer a l'entrée des productions étran-
,
géres en Algérie. Stir ces divers points, le ministre a paru partager
l'opinion de Ia chambre de commerce et a promis de se faire
,
Finterpréte do ses vceux au conseil des ministres.
En ce qui concerne l'Mgérie, it s'agirait d'un droit de 30 p.
sur les tissus des fabriques étrangères. Le principe de cc droit est
sans doute très rationnel , n:ais it reste a savoir comment l'applica-
tion en sera possible dans un pays oé l'étendue des frontléres do
mer et de terre , surtout du cOLe du Maroc , rend la fraude si facile..
Cost une legion de douaniers a créer.
Au surplus on comprendra qu'une pareille question ne saurait
,
se traiter sornmairernerit et incidemment. Nous nous bornons, pour
le moment au rOle do narrateur.
,
M. Cuniri-Gridaine a dOsiré visitor plusleurs Otablissemens in-
dustriels et les membres do Ia chambre de commerce lui ont,
,
avec erupressement , servi d'escorte. 11 s'est rendu successivement
chez:
M.M. Harel et Ducastel dont la fabrique de rouenneries C la me-
,
canique située a Saint-Sever, passe, avec raison comme Un mo-
, ,
dèle d'heureuse innovation;
MM. Allcard et Buddicom dont l'atelier de mécanique est con-
,
sacré a la fabrication des Locomotives du chemin de for de Rouen ;
M. Samson rue de Sotteville, dont la filature est installCe sur des
,
bases aussi neuves que colossales;
MM. Girard et Ce, de DCville, indienneurs si renommés
M. Vaussard de Bondeville , qui excelle dans le tissago a la. me-
,
canique
Enliri magnifiques tissus Wont
, la maison Louis Auber, dont les
plus besoin d'Ologes depuis long-terns.
Point West besoin d'ajouter que Le ministre dont Ia competence
,
en ces rnatières ne saurait être contestée , War eu partout quo des
louange; a dcerner.
Le tems Lui a manqué pour visiter un autre établissement non
moms précieux l'importante fabrique de bretelles Ia mécanique
', a
de M. Capron situCe a Carville., prCs do Darnétal. Mais de nom-
,
breux échantillons de cotte fabrication ont ete mis sous les yeux du
ministre a Ia chambre de commerce, oii ils ont excite one admira-
tion génerale, tantpourla perfection do travail que pour ['incroyable
modicité des prix.
M. Cunin-Cridainea dii so rernettre en route co matin pour re-
tourner a Paris.
CON5EIL - GENERAL DE LA SEINE-INFERIEURE.
Communication olilcielle.
Séance 1u 51 aotit.
A une heure Ia séance est ouverte.
Leconseil reprend la discussion surle budget des enfanstrouvés,
et en adopte les previsions.
It vote tine somme do 1,560 fr. pour lo changement du corps-do-
garde de la prefecture.
II entend enstiite tin rapport trCs-étendu sur Ia demande do la
ville de Dieppe , tendant a obtenir on inarchC aux bestlaux le luncH
de chaque semaine.
La discussion , qui so prolonge jusqu'a cinq heures et demie, est
renvoyée a dernain.

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