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Jnittctøn.

Jnittctøn.

LA LETTRE DE GRACE.
( Suite. - Voir le numéro d'hier.
C'était précisément cc que voulait dviter M. de Royan ; II tremblait que
son frère et sa belle-swur ne rentrassent ; c'est pourquoi it dii a M. d'Ai-
gremont que la Pike oft its se trouvaient n'dtait pas propre a une pareille
confidence, parce qu'elle dtait ouverte a tout venant ; it le pria de passer
dans un autre appartement, et 11 le conduisit dans to sien propre. Les valets
eurent ordre de ne recevoir personne , et, fidele an plan qu'il avaiL adopté,
M. de Royan ajouta d'un ton doucereux :
- Vous comprenez que ma femme ne pourrait pas supporter votre pré-
Sence sans dprouver tine emotion dangereuse ; du reste, elle vientde partir
pour la terre d'une femme de ses amies ; cIte doit y passer on jour ou deux,
et, sj vous pouviez la voir sans inconvenient, cola serait méme impossible cc
Soir : elle est absente.
M. d'Ajgremont , charmé de ces explications et du trouble que sa prd-
Seuce seule semblait inspirer, commença sans defiance le rdcit de ses aven-
tures.
—J'ai toujours été riche , dit-il , el , quoique la Vie que je mène depuis
Sept on huit ans alt diminud mon patrimoine, je Ic suis encore. J'avais vrngt-
inqans lorsque ma famille ddcida qu'dtant Ic dernier rejeton de la race
.l e devajs me marier, pour que mon nom ne s'éteignit pas. Jo resistal
£Ong_tems ; mais on mit tant de tenacité a exiger de mot cc qu'on appe-
lait un acte de complaisance, que je me rendis pour dehapper aul
rnporLunjtdg de mes parens ci de won père , qul mena çait de me déshé-
liter si je n'obéissais pas. J'épotisai votre femme, at cela au moment oh III
IflOrtallajt rendre vaineslesmenacesde mon père, qui mourut quelques mois
apres. Je vou avoue , monsieur , quo je me regardai alors comine l'homme
du monde to plus maiheureux ; lid a une enfant de seize ans qua je n'ai-
'nais pas, dont je ne daignais pas m'occuper, je ne songeai qu'à m'affranchir
( Pun Joug que je n'avais accepté qu'à regret. Mme d'Aigremont dtait jolie,
belle mêine ; Je ne voulus pas m'en laisser toucher : -mon heure n'dtait
Pas Venue. Elle avait , disait-on , mule qualitds , cela m'importait peU;
I ignorais encore combien un caractère doux et bienvejllant pout contri-
buer an bonheur d'un hoinme. J'étais maitre d'une fortune qu'on ne pou-
1I plus m'enlever, et je ne tenais en aucune mauière t laisser des hen-

tiers; j'abandonnai ma femme , et je courus en Italie plutôt pour luir ma
maison que pour le plaisir de voyager ; aussi , apres avoir traverse la Sa-
voie, me suis-je arrêtd dans le Pidmont. Je ne connais pas Rome, ni Flo-
rence, Di Milan; je ne connais que Turin et un petit village a quelques lieues
plus loin, appelé Settimo, oü j'ai passé cinq ans ; mais avant de m'dtablir a
Settimo , j'ai vdcu a Turin dans la rnaison d'une jeune votive qui a bien
vengé We d'Aigremont de l'abandon oi je l'ai laissde. La signora Lu-
cia de Roverbella , tel dtait son nom , avait a-peu-pres mon Age ; c'est vous
dire qu'elle était a cc moment oil la beaute d'une Italienne s'épanouit
dans tout son éclat : viva et Passiontide comme les femmes de son pays
elle m'inspira tine passion aussi subite qie violente. Lucia se Jotia d'a-
bord de mon amour, et bientét elle le partagea ; elle avait de la fortune,
elle dtait libre et d'une famille piémontaise qili ne manquait pas d'illus-
tration et elle fit cc que route autre aurait fait a sa place : elle me de-
manda de liii prouver la sincéritd de icion amour on lui donnant mon ,
Horn ; it fallut alors avouer que j'étais mane. J'eus beau ajouter qu'on
m'avait fait faire an manage contraire C tons mes gofits j'eus beau dire
,
pie je n'étais a Turin que pour fuir ma Iemm' Lucia, apprenant que
,
celle - ci était jeune et jolie prdtendit pie jamais elle n'accepterait irs
,
vceux d'un homme qui dans tin tems pins on moms éloignd, pourrait
,
l'abandonner pour rejoindre sa femme. Cc n'dtait point la vertu at au-
cune crainte de I'adultère qui la faisaient parler ainsi c'était une jalou-
,
sie inquiète et surtout une vanitd que je compris : elle dtajt moms jeune
que ma femme, et elle craignait lacenir. L'ivresse et I'amour passent et se
dissipent, et Lucia sentait que l'heure des regrets sonnerait pour elle seule,
landis que mol, ma passion éteinte, je reviendrais a ma femme de vingt
ans ; elle voulait me her a cIte sans retour • autant du moms quo In chose
serait possible. ilélas ! monsieur,je suis force de vous avouer que je faisais les
mêmes vmux
; je maudissais men manage, or mon amour s'augrnentait par
la résistance de Lucia, qui ne me cachait pas néanmoins la passion que je
lui avais inspirée.
It est facile, me dit.elle tin jour, de renvetser l'obstacle qui nous ar-
- a
réte : rendez votre femme la libertd , etje suis a vous.
Et le moyen
- ! m'dcriai-je ; ni les lois du Pidmont ni celles de la France
ne perinettent Ic divorce. ,
- Je m'étonne, reprit-elle alors, que l'amonr dont vous me parlez sans
cesse ne vous ait pas suggéré le parti qu'iI vous reste
It prendre. Votre
fortune est sdparée de celle de votre femme,elle est de nature a étre transpor-
I tee facilement oz vsus Ic voudrez.
. . Vous m'aimez, dites.vous, Yous voulez
me consacner votre vie entlére, vivre at mourir avec mol dans Ic pays oi

je Suis née ; eh bien ! mourez maintenant pour Ia France pour votre
,
farnille , pour votre femme! Le trait West pas nouveau , le stratagéme
est ancien
, vous ne serez pas le premier homme qui on aura agi ainsi..
Je tie vous demande rien d'irnpossible ; mais cette marque dedévoftment,je
1 exige.
J'aurais fait bien davantage pour la signora de Roverbella : je n'hési-
tai pas. Notts nous mimes alors h chercher comment nous en imposerions
A la yule de Turin : j'étais pen connu
, at ma mort ne devait causer iii
regrets ni recherches intéressérs ; je logeais d'ailieurs dans la maison de
Lucia cc qui rendait plus facile que
, encore la ruse nous mdditions.
Je mis ordre a mes affaires ja me plaignis de ma mauvaise sante et, q uand
, ,
je fus prêt a sortir de Ce monde sans laisier Ii mes héritiers seulement
de quoi porter mon denil , je malitai at fis appeler un médecin. IL est
aussi facile de iromper ces messieurs en Piémont qu'en France. .J'éprou-
vais disais-je un malaise général une faiblesse qui ne pouvait prOw.
, , ,
venir que d'une affection interne mat définie en France et qui néan-
,
moms avait déjà menace mi jours. Cette maladie dura long-tems ; je
fus plusieurs lois mécontent de mon médecin, etj'en changed, me plaigriant
sans cesse d'une difilculté de vivre et montrant peu d'espoir de guerir. Entin,
las d'une science impuisante a me soulager je congédiai tous mes Escula pea
,
pour mourir du moms a mon aise. C'est cc qui ne mauqus P35 d'arriver :
pirai an milieu d'une nuit assisté de la seule signora de Roverbella et dun
,
domestique qui liii dLait dévoué. Le reste ne me regardait pas,celie quej'ai-
mais s'en était chargde it I ui fut aisd de faire enterrer Un cercucil vtde,d'obte-
nir lapiece juridiquequi constatait Mon ddcé,et de la faire passer en France.
Moi, jo paris secrCteme i t de Turin et je pris le chemin de Settimo, oè Mme
de Roverhella avait une terre non loin de lal)oire ; je changeai denom, je me
donnai p)ur tin gentilhornme brabancon, allid de la famille do Roverbella , et
j'attendis Lucia. Elle tarda long temsà venir, et, quand elle arriva entin, j'eus
A combattre de tiouvelles hdsilalions et de nouveaux refus. J'dtais Mort mais
,
it ne tenait qu'C moi de ressusciter : elle ne me demandait pas do l'dponser
sous moo nouveau nom cela aurait Pu tot ou tard nous compromettre éga-
,
lement toils deux mais elle aurait voulu savoir ma femme remarjée. Cepen-
, et it fallait bien accorder quelque chose It tine passion.
dant elle m'aimait ,
maigre ses craintea , se flait quelque peu a s
comme la mienne. Lucia , at
beauté. Elle me cdda , ci pendant plus d'un an tout cc qu'une femme pout
employer de cajoleries et de tendresse méme pour augmenter l'amour de ce-
mi qu'elle favorise ella l'amploya. Elle apprit enfin que
, We d'Aigremont
était remariée ; alors , sore de moj, elle commença a trouver que La solitude
ot nous vivions avail ses inconvéniens et ses momens d'ennui : de won côtó

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