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Rouei, 4 Seplembre.

Rouei, 4 Seplembre.

REVUE DELA SEMAINE.
Les listes électorales ont été rernaniées par les préfets ; les radia-
tions ont porte surtout dans les colleges qut éhsent des membres de
a
l'opposition. Ces precautions se rattachent un vaste systerne de
fortifications morales et matérielles qui entourent les villes on les
institutions. On craint toujours plus le dedansque le dehors. Voilà
pourquoi la defiance des gouvernanS a remanie les listes do jury.
a a
Voilà pourquoi la corruption s'attache tout et tons. Voilà pour-
quoi, an lieu d'une simple enceinte continue qui aurait suflisam-
inent protégé Paris, on entoure Paris de forts détachés. Voilà pour-
quoi M. Bugeaud, I'homme de la rue Transnonain , doit être appelé
bientOt a We le gouverneur de Ia place de Paris. Voilà pourquoi on
a
arrange des listes de manière obtenir, en cas de réélection , une
chambre dévouée quand même.
Devant de pareilles considerations, nous n'avons pas besoin d'in-
a
sister auprès des citoyens pour les determiner user de la pléni-
tude de leurs droits. Les opinions du corps electoral doivent se
ménager une representation tidéleau parlenient, quels quo soient les
a
événemens futurs. C'est pourquoi les électeurs doivent tenir faire
a
verifier leurs droits par Jes préfets et sons .préfets, et rétablir leurs
iioms sur les listes , dans le cas otI on les en aurait effaces. On no
doit pas se dire : " Les elections générales n'auront lieu que dans
trois on quatre ans. )) On doit penser qu'elles peuvent se faire avant
six mois, avant trois mois.
Voyez, en effet, ce que le hasard pout causer. Ce West pas une
nialadie qui a failli en'iporter Louis-Philippe et ses descendans, it y
a quelques jours ; c'est encore, cette fois , la fougue de deux ou
trois chevaux , effrayés par le bruit d'une écluse. Sans la vigueur
d'un cocler, sans un garde-fou , le roi , deux do ses fils et ses pe-
tits-fils , tombaient dans un canal et y trouvaient la mort , suivant
toutes les probabilités. A quoi tiennent les destinées des hommes et
des états P Un pas de plus, et cc qui n'a été qu'un incident devenait
ã-la-fois une horrible tragédie et le point de depart d'une pertur-
bation gouvernementale.
A-present tout est oublié , et la yule d'Eu , residence royale, est
a
livrée tous les préparatifsd'une fête. La reine d'Angleterre a fait
a mi
savoir Ia Camille royale qu'elle se proposait de rendre une vi-
site. AussitOt la cour d'être en émoi. Une visite de la reine d'An-
gleterre! Songez-y donc : c'est, a part l'insignifiant Leopold, qu'on ne
peut guére conipter coinme roi , la premiere tête couronnée qui
Ilous visite depuis treize ans . Et one rnajesté britannique West pas
unemajesté ordinaire. Ellene quitte pas son lie pour pen de chose.
L'empereur de Russie qui nous boude va être passablement contra-
n6, car l'Angleterre oublie le traité du 15 juillet, elle nous par-
donne Ic mat... qu'elle nous a fait, et nous offre de baiser la main...
qul nousabâtonnés. La nouvelle royauté obtient ainsiune sanc-
tion plus grande quo celle qui lui avait été donnée . Les peuples
Wont plus de fetes, mais les rois se réjouissent et fraternisent . Le
deuil de la Camille royale a servi de prétexte a la suppression des
fites de juillet, mais toutes les douleurs se taisentquand it s'agit de
festoyer les tétes couronnées.
Nos conseils-gériéraux so sont occupés cette semaine des besoins
des départemens ; quelques-uns , et ils sont maiheureusement trop
rares, ont songé aux besoins politiques ; ii faut citer en premiere
ligne les conseits de SaOne-et-Loire , de L'Aisne et du Nord.
L'Europe nejouit pas du calme Ic plus absolu. L'Espagne volt se
dessiner les partis , et déjà le baiser d'amourette qu'on s'y est donnC
est reconnu par les plus clairvoyans pour un baiser de Judas. Bar-
celone l'a vu la premiere ; Valence, AlbacCte , Saragosse s'en
aperçoivent aussi, aussi bien quo Madrid. L'éducation politiqueque
fait ce pays lui cotite par maiheur beaucoup trop cher. L'lrlande
voit le parti protestant s'organiser a cOte du parti catholique

O'Connell explique comme it petit le discours de la reine en disant
que cc discours , hostile au rappel, West que l'ouvre du ministère,
et que méme la reiie a obtenu d'aioucir les expressions qu'elIe a
dti prononcer.
L'Italie , enfin , voit Ia campagne de Bologne inquiétée , parcou-
rue par des patriotes italiens dont le courage ne sera pas couronné
de succès.ussoot trop rares , et la population est trop écrasée sous
le joug des prCtres et de I'absolutisme pour se relever sans le Se-
cours de la France. C'est de la France que partira le signal de
l'Cmancipation des peuples en Europe, et rien sans cue ne se fera.
Les gouvernemeris absolus le savent bien , et voilà pourquoi notre
situation , et ce qui fait l'objet de notre attente , lour causent aussi
de cuisantes inquletudes.
ARRIVER DE LA REINE D'ANGLETERRE.
Hier leMessagerpubliait la dépéche télégraphique suivante:
a Cherbourg, 2 seplembre.
)) S. M. la reine d'Angleterre est passée ce niatin , a six heures
et demie , en vue de Cherbourg, a environ 2 kilométres de la
digue.
)) Les batteries de la place et de tous les forts l'ont saluée de cent
un coups de canon. Tous les bâtimens étaient pavoisés. S. A. R. M.
a
le prince de Joinville était parti ce matin quatre heures pour aller
an-devant de la reine. II a continue sa route avec elle. n
Aujourd'hui Ic journal ofliciel nous annonce l'arrivCe de la reine
A Eu. Ii s'exprime ainsi
S. M. la reine d'Angleterre est arrivée en vue du Tréport hier (sa-
medi ), a cinq heures du soir.
Le tems était magnifique. Uric population immense couvrait Ia
jetée et toute Ia route jusqu'au chateau d'Eu.
Au premier signal donné par le canon des vigies , Leurs Majes-
tés et (oute la famille royale sont parties du château d'Eu pour le
Tréport.
Les bâtimens approchaient , et déjà la fumée on était distincte.
S. M. la reine des Français , S. M. La reine des Beiges et les prin-
cesses, attendirent sur la jetée. Le roi , s'embarquant sur le canot
royal avcc ses tits les dues d'Aumale et de Montpensier, accom-
pagnC de lord Cowley, ambassadeur d'Angleterre, de MM. les tni-
nistres des atl'aires étrangCres et de Ia marine et de ses aides-de-
camp, se porta a la rencontre du bàtiment qui amenait la reine Vic-
toria.
a
Le roi est monte bord du yacht de la reine, suivi des princes, de
lord Cowley et des ministres.
S. M. La reine d'Angleterre et le. prince Albert sont descendus en
suite, avec le rOi, dans le canot royal, qui a transporté jusqu'au
débarcadère les augustes voyageurs.
Au bout de I'escalier sur le quai du port, S. M. la reine des
Français , entourée de toute sa Camille, et ayant auprCs d'elle M.
le maréchat Sébastiani et lesdames do sa suite, reçut 4 son tour les
hOtes illustres que le rol Iui annoncait.
A cot instant, les troupes, sous les ordres du colonel de Chaban-
a
nes , rangées en bataille , faisant face la mer, poussCrent par trois
fois le cri devive le Roi !que répéta avec enthousiasme une im-
mense population.
La musique militaire jouait leGod save the Queen!
Une tente avait été préparée ; on s'y arrCta quelques instans. Les
lords Aberdeen et Liverpool, débarqués avec les ministres par un
a
autre canot , s'y réunirent LL. MM .
Le cortege se mit en marche en voitures découvertes.
Dans la premiere voiture , attelCe de huit chevaux , étaient le
roi, les trois reines, le prince Albert et les princesses de La Camille
royale.
Les princes accompagnaient a cheval.

Lesescadrons do 1r regiment de carabiniers formaient l'escorte.
Une foule innombrable bordait la route des deux côtés et faisait
,
retentir l'air des plus vives acclamations.
11 était sept heures quand le cortege après avoir parcouru le
,
parc, fit son entrée dans In cour du château ou étaient ranges en
,
bataille la garde nationale I'infanterie de ligue et Ic regiment des
,
carabiniers.
Aux ens redoublés de : Vive le roi ! vice la reine d'Angleserre I
poussés par une foule immense et auxquelsla musiquemilitaire
,
unissait toGod save the Queen,le roi parut au balcon,conduisant
la reine d'Angleterre.
Les acclamations redoublérent de toutes parts. Rien ne peut ren-
dre l'effet d'un spectacle si imposant et l'impression grande e
,
profonde que cette belle journée a produite sur tous les esprits.
a
M. le comte de Sainte-Aulaire, ambassadeur du roi Londres, est
arrivé au chateau d'Eu.
a
La plupart des ministres se sont rendus la residence royale pour
assister a la reception de la reine Victoria. M. le maréchal Soult lul-
mCme qui était parti it a à-peu-prés un mois pour sa terre de
, a
Saint-Amand, oü Ic soin de sa sauté le condamnait, disait-on
,
un repos à-peu-prés absolu
, n'a pu resister an désir d'avoir son
rOte dans les solennités qui se préparent.
A 1'exception de M. le chancelier Pasquier, on ne cite pas d'au-
a
tre personnage politique qui ait été invite assister aux fetes d'Eu.
La chambre des députés n'y sera point représentée ; car les pou-
voirs de son président et des membres de son bureau cessent avec
la clOture de lasession, et ne laissent a ceux qui en étaient investis
aucun caractère officiel.
L'ambassadeur anglais
, lord Cowley, a reçu une invitation ; c'es
le seat membre du corps diplomatique a qui on ait fait cette galan-
terie ; on a interitionnellement laissé de COLe les représentans de la
Russieetde I'Autriche. On West pas fàché de montrerà ces puis-
sances qu'on pout se passer de teurs gracieusetés, et que si elle
veulent continuer a bouder la dynastie do juillet, la dynastie do
juillet no mourra pas pour cola de chagrin.
Nous lisons dans toCommerce d'hier
On considère niaintenant comme certain que Ia reirie d'Angle-
terre poussera son voyage jusqu'à Paris ; des nouvelles reçues au-
jourd'hui l'assurent d'une maniCre presque officielle. Ainsi vers
,
deux heures de cot aprCs-midi it est arrivé d'Eu aux Tuileries un
,
courrier apportant des ordres pour faire preparer les apparternens.
des Tuileries du Palais-Royal deVeisailles et mCnie de l'HOtel-de-
, , a
Ville de Paris. Pendant son sCjour Paris S. M. B. habiterait Ic
,
Palais-Royal.
lies ce soir, les maçons et autres ouvriers, qui étaient occupes a
établir deux Ctages darts les combles du pavilion de Flore
, ont
suspendu leurs travaux, et l'on s'est Iiàté d'enlever les barrières
en planches et bus les échafaudages qui masquaient l'entrée de ce
pavilion.
It taut que les chateaux de Versailles des Tuileries do Palais-
, ,
Royal soient prCts on méme tems, d'ici a mardi an plus tard. A eeL
effet, on a enrOlC aujourd'hui-mCme
, , pérs de 500 ouvriers tapis
siers décorateurs lampistes et frotteurs. Sur ce nombre 250 ont
, , ,
été envoyCs imrnédiatement àVersailles. Onveut, a cc qu'il parait,
donner dans les galeries du Musée de Versailles une fête qui sur-
passerait encore en magnificence cello qul y a etC donnée a l'occa-
sion do son ouverture inauguration qui a été suivie comrne on
, .
sait, d'un banquet de 2,800 couverts offert a M. Ic due d'O:léans
lors de son manage.
Cette fête aurait lieu de nuit. II ne faudra pas moms de 55,00
bougies et de 25,000 bees de lampes pour éclairer toutes.

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