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Ieuilt

Ieuilt
itøit.

. )tAbAME DE IIIEIJX.
(Suje.
Voir les numéros des 9, 10 et II janvier.)
Iv.
Au Limbé.
Le leiidemajn une heure environ avant Jo coucher du soleil
, , les vova-
•eurs avajent franchi !es morales qui sCparent le cap de Ia vallée du Limbé.
0
hristjne et son père allaient àcheval suivis de Julien , et derriere eux ye-
halt le flflhlâtrePelage,quj,selon l'ancienne coutume, faisait la route it pied.
11 y avait
pourtant dans sa manière de voyager unc notable amelioration:
i'homnje de
couleur n'était Pa3 chargé comme uric bête de somme if mar-
hait ;
son long baton de cocotier
It la main et Ic poing stir la hanche en avant
'des mulets qui portaient tout
le bagage des maitres dont 11 n'Ctait plus l'es-
dave, mais simplement le serviteur.
An moment oil M. de Rozan découvnit la fraiche vallée an fond de la-
quelie coule la rivière do Limbé
ml , it arrèta son cheval, et, regardant devant
avec une indicible emotion it s'Ccria:
- ,
C'est là!...
Deux grosses larmeg rolilalent le long de ses joues Julien pleurait aussi:
;
le maître et le vieux serviteur revoyaient
, après quarante annécs, la
lerre
oü its étaient nCs. Ces lieux étaient toujours beaux us avaient
;
encore leurs ea -ax limpides
, letir verdure Ctcrnelie. Los savannes , oft s'éle-
vaient çà et là quelques touffes de a1ma-nobilis, se dCroulaient an pied des
1
flornes, et les tongues avenues de bambou secouaient comme naguère leurs
feujiles sonores an bord du Limbé. Mais toute trace do culture avait disparu,
0t
los plantes sauvages rampaient dans les champs oft la canne It sucre éievait
t Jadis
ses hgers panaches. Quelques cases, couronnées par des bouquets do
ananiers, aparajssajent de loin en loin an penchant des mornes et animaient
'Cepaysage Silencieux.
es VOyageurs traversèrent leg champs converts naguère de Si florissantes
'cultures,
et d'oü les maitres et leg eselaveg avaient dgaiement disparu. M. de
ItOZan avancait sans hCsiter le tong
du chemin a peine trace an milieu des
0cà
ccidens do terrajia quo couvrait une fluissante vgltation ; it reconnaissait et là
leg carrefours, los vieni arbres, os grandes haies qui formaient main-
tenant d'imp*ntrableg fourrês. II arriva ainsi a l'entrée d'une avenue de
*alnarins qul menait
It des ruines. On apercevait an fond do cette voite

de grandspans de muraille encore de-
ombreuse ufle espéce de belvéder , ,
bout et une terrasse dont l'escaiier en for a cheval descendait dans los
,
jard ins.
dit Julien.
-• Voilà l'habitation de M. le marquis do Rieux
,
y avaiL dans le morne aspect de ces
Cc mot fit frissonner Christine; it
ruines quelque chose qui rappelait la fatale destinCe du dernier descendant
de leurs anciens propridtaires , et la veuye de Max fut saisie d'une vague
terreur en face de cette demeure abandonaëe.
Les rayons du soleil couchant enllammaient encore l'horizon ; mais ses
rayons obliques ne pénétraient plus a travers to feuillage, et de grandes om-
a
bres commençaient couvrir la terre. Christine épouvantde se rapprocha de
M. do Rozan.
0
- Mon père, dit-elle, allons-nous passer ici la naiL?
ILiIas ! oui, ma pauvre flue ! répondit-ii en s'arrètant an pied de la ter-

rasSe et en regardant autour de lul avec une morne agitation; comme lout
est bouIeverst ici!
A ces mots it descendit de cheval et fit signe ii Julien de l e suivre ; tons
deux alièrent vers Iejardin, dont on distinguait encore facilement los clotures.
s'écria 1!4. de Rozan, c'cst là l'endroit
—Tu te reconnais bien ici, Julien
,
qu'on appelait le jardin de madame! Q&il est vaste ! Quand je suis parti,
quo jusqu'aux grands orangers, Ià-bas...
ii ne s'etendait, je crois,
- Monsieur a raison rdpondit Julien. 11 y avait de cc çOté une hale do
,
bois de Campèche oh je me suis souvent piqué Ies mains en cherchant des
nids de colibris; cite a etC abattue, ci l'on a plantd plus loin ces citronniers
nains ; cola s'est fait sans doute du tems de M.Ic marquis et pendant leg der-
nières annees.
Oui, c'est probable, répondit M. do Rozan avec un sourire amer ; les

nègres ne tiennent pas aux embellissemejis ; tu vois comment its amCliorent
leurs propriêtés ! En vCnitC, nos terres ne doivent pas leur étre d'un grand
revenu, cultivCes par des mains fibres I C'cst icl quo nous alions travailler,
Julien.
Oui, monsieur, unit et jour, répondit courageusement le vieux domes-

tique.
La triste Christine avaiL suivi son père. Assise sur Ic tronc renversi d'un
guanapa, cite parcourait du regard ces lieux dCvastés. Le jardin dialt encios
d'uae hale de bois de Campéche dont les branches épineuses et serrêes for-
maient Un mur do verdure au-dessus duquel se balancaient les tétes arron-
dies de quelques cocotiers. Une sombre altec de caneficiers s'étendait paral-
Ic parterre dont l'herbe de Izuinêe avail envahi
ièlc Ii la terrasse et terminait
los plates-bandes. Pourtant quelques pieds de jasmin croissaicnt encore çà
,

a
et là , mêbs do larges toulIes do palma-christi , et un frangipanier étalait
contre le mur délabrC ses bouquets btancs CI suayes. Une multitude do
lianes nouaient leurs grêtes rarneaux an tronc des arhres et jetaient jusqu'aux
plus hautes cimes tours flours toildes ; le solcil no pthétrait janiais sous &%
frais berceaux, eu gazouillait une espéce do rougo-orge inconnue dans nos
climats. A l'entrée du jardin , detix paliniers formaient comme un portiquo
devant la porte Cctoulée ; nulle piante parasite no brisait la ligne svelte do
leur tronc , an sommet duquel so dépioyait un bouquet do feuilles quo le vent
agitait incessamment avec Un doux murmure. 11 y avait dans ces traces dvi
travail do l'homme ttouffdes SOIlS le luxe d'une vgdtation puissante dans
a ,
cette nature abandonnée elle-niême , queique chose dogigantesque et do
sauvage qui
causait à-la-fois un sentiment tie tristesse et d'admiration : c'dtait
le disert avec sa pompe sterile qtii avait remplac6 les riantes cultures et los
a?uvres do l'industrie humaine.
0
Cependant la nuit approchait , et Al. deRozan dialt encore dans cet immensa
jardin dont it explorait depuis une Iieuie to sol duvaste Christine vint trou-
ver to mulàtre qul assis sur Ia terrasse , attisait gravement Un feu do brous-
,
saitles, après avoir rangi tout to baggc des voyaeurs. La jeunefemmo lit
lenteinent Ic tour de in terrasse CL s'avanca jusqu an seull do l'habitation,
oft otto jcta Un regard curieux et craintif. Le chambranic do la porte ps-in-
cipaic étajt encore debout ; au-delis it y avait une vaste pièce dont le toit
Cr! partie écroulC aurait pu cependaut oll'rir un abri pour is nuh. Au mo-
,
ment oC Christine avançaic la tête , los herbes qui embarrassaient to sot so
courbérent agites par un lCoer frOlement.
Oh ! non! non! je no Sormirai pis là ! s'Ccria la jeune femme en re-
-
culant vivement.
0
dit Pèiage dans son jargon creole
0 Ni moi non plus ; II y a Sons ces
,
vieux murs des mille-pieds , des scorpions des set-pens et tonics sortes do,
,
bétes venimeuses.
Christine recula jusqu'à l'autro extrém*td de la terrasse.
0
Nosis coucherons a la belle étoiie , dat-cue avec resignation.

Non pas
- non pas, madame! r6p1iva to mulAtre je vais vous fãiro
, ,
une jolie petite chambre sans portes m tenétres ; .vous verrez, ça sera lini
avant to souper. 0
Le souper ? personno n'y a pensé.
— 0
madame
Si fait Si fait s'ecria PClago en avancant vers le fen so
— , , ,
bonne grosse face noire et en soufflant de toute la force do ses poumons;
j'ai enterré des bananes sons la cendre vous les mangorez toutes chauies:
,
partout oft croit Ic bananier do bon Dieu, l'on n'a jtmais la male faim; A.
prCscnt je vais arranger votre chambre.
,

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