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MADAME BE BIEUX.

MADAME BE BIEUX.
(Suite. = Voir le numéro du 9 janvier.)
II.
La Lune do Well.
La jeune femme Ctait assise is la mnie place oii quiflZe jours auparavant
lle racontajt It son amie l'histoire de son manage avec Max de Rieux. Sa
We pensive s'appuyait sur une de ses mains et ses regards suivaient Ic vol
,
'eapricjeux des hirondelles qui se poursuivaient encore avec des petits ens
-
dims l'azur profond du ciel. Sans doute ces joyeux Chats cette image de 11-
,
bertC, rCveillèrent dans son ame quelque retour sur ellememe, quelque pen.
:$ afflère
, car Ufle larme roula sous l'arc soveux de ses longues paupieres,
t ses lèvres pàlies murinurèrent an soupir. Max de Rieux debout It quel-
ques pas de sa femme
feuilletait attentivement Ufl volume ouvert sur la
,
Ttl eminde. C'Ctait an homme d'une haute taille d'une charpente osseuse et
,
'dCja vofitCe ses
; cheveux trCs-courts, sa physionomie sCrieuse, une certaine
COmponction dans le regard et I'attitude Iui donnaient Fair d'un sCmina-
,
riste. Le premier coup-d'mil ne lui Clait pas favorable ; on le trouvait in fail-
flblemeiit laid ; pourtant it y avait dans l'ensemble de sa personne une
distinction
, une dignitC grave et simple qui lui ôtaieut toute apparence de
r idicule .

Est-ce que votre arnie ne viendra pas vous voir cc matin ? dit-il en po-
sant son livre et en se rapprochant de sa femme.
Et,s'apercevant qu'elie avaiL des larmes dans les yeux
it ajouta d'un air
nurpris ,
Q'avez-yous done
- Christine ? vous pleurez!
,
- Moi ! rCpondjt-elje avec un faible sourire, mon Then, non!
—Il
faut sortir cet après-midi ; une promenade en voiture vous distraira
t vous fera grand bien.
Elle secoua la tête.
Non
— non murmura-t.elle a
, , je n'ai plus gout rien quand je pensea cc
'que m'a annoncC mon pore. ,
-. Vous dies une enfant I rCpondit froidement Max. Cette idCe de quitter
Paris
de voyager pendant un an peut-dire
, vous elTraic done beau-
'Coup? ,

Elle fit Un signe affirmatif et passa la main sur son front comme pour
,
thasser quelque penible pensCe.
Out vous êtes une enfant ! reprit Max avec une sorte d'amertume
- , ,
me enfant qui a toujours etC environnCe do luxe ci de joie dont on a sa-
,
isfait tous les désirs ; vous ne comprenez pas la vie autre part que dans ces
almes et splendides habitudes et vous vous révoltez is l'idee de les rompre;
,
ela West pas raisonnable.
— Je ne me revolteraijamais contre les volontCs les dessins de mon pyre,
,
rCpondit.doucement Christine ; je suis triste de partir pour si long-tems
voilis tout.
—Nous reviendrons dit Max avec into expression singuliere de confiance
,
t d'espoir nous reviendrons Is Paris dans un an et alors!...Savez-vous
, ,
Chri s tine pie le projet de M. de Rozan avait CEC d'abord de cc pas vous
,
emmener?
Ali I je semis restCe settle ici I dit-elleétonnée.
-
Vous auriez passé toute cette annCe an convent oh vous avez CtC deux
-
ans avant la mort do votre mere; mais votre pre n'a pas voulu so sdparer
de vous et c'est cc qui l'a decide is accueillir sur-le-champ ma demande...
,
— Comment ? interrompit-elle it Ctait done question de depart ? cc dê-
,
part Ctait deja résolu avant noire manage?
— 11a etC resolu Ic lendemain même de mon arrivée a Paris.
Ali I dii lajeune femme c'est Ctrange !
- ,
Puis levant stir son mari un regard triste ci timide, cue ajouta avec
quelqu'hCsitation :
Et maintenant voulez-vous me dire oii nous aliens?
- ,
Vous le saurez aprés-demain répondit-it gravement.
- ,
Elle laissa tomber sa tête sur ses mains j ointes et dii d'un air accablé
—Oui, le jour mCmc dudépart!
Pourquoi cette tristesse, et de quoi vous prCoccupez-vous done ? reprit
-
Max ; est-ce que vous devriez avoir des soucis, vous!
Ali!oui, j'en ai, et de bien cruels ! murmura-t-eile si has qu'il ne put
-
l'cntcndre.
Votre pete et moi, ne sommes-nous pas là ? continua-t-il. Que regrette-
-
rez-vous? que pouvez.vous craindre ?
Ali! rien, rien du tout! répondit-elle, intimidCe par cette espècc de re-
-
pro che.
Max considCra un moment en silence cc doux visage-, ce regard plein de
tristesse et de soumission, l'expression presque enfantine de cette bouche qui
soupirait encore et tâchait de sourire.
Christine, reprit-il, vous aez etC une trop heureuse enfant; le bonheur
-

de vos premieres anodes vous rendra plus douloureuses les peines du reste de
votre vie. Vous ne serez jamais une femme forte et rCsignCe.
a
Oh! mon Dieu I dit-elle les larmes aux yeux, j'ai quinze ans a
- peine ;
mon Age on ne pent pas avoir souffert!
Avotre age Christine
- j'avais supportC d'horriblcs misCres rCpondit.
, , ,
M. de Rieux d'une voix amCre et plus lard!...Dieu sait ccq,u'iI m'afalli
,
de force et de patience pour surmonter les peines de la vie. Savez-vous en
que j'Clais encore it y a deux ans ? Un maiheureux pCtre gagnant a peine. aven
de dures fatigues, son pain ci ses vCtemeus. En toutes saisons, it fallait vaquer
dans les montagnes, sent, sans abri, exposé aux plus grandes privations. J'ai-
mais encore mieux cette vie indCpendante
, an milieu de ces ispres solitudes,
que plus d'abondance dde reposdans la maison d'un maitre; car, pauvi -e en-
fantabandonnC, j'ai servi pendant mes premieres annCes !...
— Ali! si mon père l'avait su comme it serait aliC promptement vous
,
chercher ! s'Ccria Christine, mais toutes ces peines ont fini quand vous 1'aver.
retrouvC I
-
M. de Ricux nerCpondit rien etsoupira profondCment
on appuyant sow
,
front sur sa main, comme si ses souvenirs, revenant on foule, so heurtaient

douloureux et confus.
—Je n'avais pas entiCrement oubliC ma premiCre enfance
reprit-il je-
, ,
savais mon nom, je me souvellais de cette horrible nuit oh j'avais etC trainC
atravers les mines embrasCes. ... Ma mere. je l'eusse reconnue. . elm
.. . , , .
s'appelait Christine comme vous!. . Mon pete aussi revenait souvent is mn
, .
mCmoire tel que je l'avais vu le front sCvère Ia parole battle; environin
, ,
de respect et do soumission, je savais que je n'Ctais pas nC pour labourer in.
terre on garder les troupeaux.
. .Un jour enfin j'appris qu'il me restait
. , ,
une familte....Ce fern deRozan je l'avais toujours gardC ; on m'appelait.
,
Max iozan de Rieux dans la vailCe de Cobadunga.
-- Pourqnoi n'Ctes-vous pas venu prés de nous des que vous avez apprPs
quo mon père Ctait ici is Paris ? dit doucement Christine ; alors aussi 0 aa-.
,
rait CtC heureux de vous voii.
M. do Rieux hocha la tête et rCpondit froidement:
—Cela n'Ctait pas possible. Avant de me presenter a
mon oncle it fallail
d'ahord apprendreaarler francais. Je SaTan Ii peine lire
et j'ai dtl aussi
me faire une espèce d education.: ,
.. -
-- Est-it possible! dii Christine avec un grand Ctonnemcnt.
O&ai jai passé toute tine annCe dens un sCminajre du Midi de Ia
- ,
France ; c'Ctait Ic seul asile on un homme de mon age pt convenabtemenL
s'asseoir sur les bancs ; votre pCre avail
d'ajlleurs un projet
, , une arriCre-
peflse : it aurait voulu quo je me fisse prCtre. ,

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