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Ronen, 31 Janvler.

Ronen, 31 Janvler.

DU PROJET DE DOTATION.
La presse qui defend les iutéróts du château ne 1che pa3 pied
devant lebileexcite dans toute la France par [a préseritatioti du
projet de Ioi sur M. de Nemours. Cette persistance n'a rien qul nous
a
étonne : La France est une bonne vache lait , on ne renonce pas fa-
a
cilement La traire. Cc qui nous surprend davant,age, c'esL la pau-
vreté non déguiséc des argumens doaL se serverit les écrivains du
château pour soutenir l'utilité et La convenance d'urte dotation.
Sur Un mot mat cornpris on perlidemeit interprété d'un journal de
a
I'opposition, leJournal des Débatsarrive conclure quo La gauche
aurait Pu se montrer génreuse envers la cour et voter sans sour-
cuter la loi de dotation, si la cour avaiL gouverné avec les principeS
de la gauche.
Mais d'abord, si la cour gouvernait avec les priricipes do la gauche,
Lile ne présenterait pas de projets de dotation. Le revenu du do-
maine privé, cumulé avec les produits de la liste civile et la dotation
4u prince royal, représente un total de 30 millions. Avec 30 mu-
lions, suivant la remarque d'un journal, dont toJournal des Ddbats
aurait dil se mieux penétrer, on léverait une armée do 40,000
hornmes, et cinq on six princes Wen vivraient pas! Apparemment
Jes cinq ou six princes en question pourralent vivre tout aussi bien
de ces 30 millions, prix estimatif d'une armée, sons le ministére
4e M. Odilon Barrot que sous I'ad ministration de MM.Soult on Mole.
Ii ne s'agit done pas de faire intervenir la politique là oà elle n'a
que faire. La dotation doit Ctre refusée pour des motifs do deux
sortes. Les premiers de ces motifs sont dans un ordre materiel , los
seconds sont moraux, et, dans la situation actuelle du pays, les uns
et les autres sont également impérieux.
Quand les citoyens ont reçu la nouvelle do ce projet anti-natio-
nal, its se sont récriCs sur l'avidité insatiable do certaines gens.
Croit-on , par hasard , quo ces contribuables rCclamaient unique-
Inent par esprit d'opposition? croit-on qu'ils s'indignaient seule-
mont parce que to projet de dotation n'Ctait pas contresignC Barrot
ou Thiers, au lieu de porter la signature du marCchal Soult P On so
tromperait étrangement. Mais Ic négociant appliqué qu'on le sup-
, Si
pose a l'étude des matières politiques , s'occupe bien plus encore
de son livre dedoit et avoir.Mais le petit rnarchand qui s'impose
a
cent privations pour arriver balancer ses depenses avec sos re-
cettes , a payer sa patente , son loyer, et puis , avec ce qui reste,
A Ilourrir et entretenir sa famille ; ce petit marchand , qui paie do
lourds impOts et s'abstient , quoiqu'avec peine , Wen murmurer
parce qu'il a pour d'autoriser los menCes de ceux qu'il appelle des
anarchistes , cc petit marehand se voit-il de sang-froid menace de
e flouvel impOt, qui lui coCtera une privation de plus, pur payer
a a
des chevaux et des voitures M. to due et Mm Ia duchosse de Ne-
Inours?
a
Qu'est-ce que M. Barrot et tel on tel système politique ont done
faire dans cette question ? et a quel homme d'un pen de sens corn-
IflUfl leJournal des Ddbatspersuadera-t-it que, voter pour le JouLe
fortifier le
prince un supplement do voitures et de laquals , c'est C
!'One en affermissant ses appuis naturels , Clargir la base constttu-
(
IonnelIe sur laquelle it repose, ótendre son action bienfaisante et
Son gCnéreux patronage, en faisant quo les fils du roi soient autant
de centresd'jnfluence profitable aux arts, aux Iettres a l'industrie,
4 l'humanitC
?n Qui nous expliquera cc pathos monarchique?
En 1830, les appuis naturels du trOne, c'étaient la garde nationale
et 1 armée , c'était L'amour du peuple , c'était l'accord des pouvoirs
,
efltreux ; mais nous avons bien change tout cola ! Qui est-equi se
Serait doute que la base constitutionnelle sur laquelle le trOne re-

pose flit formCa do sacs d'Ccus? Car comment comprendre autre-
ment La n6CeS3itC d'Clargir cette base )) en suhventionnant I e
t(
prince?
EL West-ce pas non plus une derision quo de prsonnilier, an dix-
a
neuviCme siècle, sous la forme do menclians aspirant l'aumOne
des princes, l'industrie , les lettres etles arts? L'artiste , to littCrateur
ingCnieux, l'historien Clégant et profond, trouvent aujourd'hui
dans lour ciseau, on datis leurpincean on dans leur plume, do quoi
sullire a leurs bosoms , et Wont quo faire des dons princiers. L'in-
elle est reine , s'adresse aux simples ci-
dustrie , dans un terns oti
toyens pour fCconder sos Wes, el les associe a sa fortune ; elle ne
tend pas La main aux tils des rois.
Nousavons di L, et nous disoris encore qu'il West pas prudent a
l'organe do La cour de her to sort de la monarchie an sort du projet
do loi. On salt bien quo c'est une simple rnanceuvre , assez sern-
blable a colic do ces chaleureux dCfenseurs qui , en cour d'assises,
disent an jury qu'il so déshonorera en condamnarit leur client. Le
client est condarnnC , et le jury ne sort quo pluspur et plus honnéte
do la salle do sos dClibérations. Le contribuable qui donnera At son
dCputC to manclat do repousser la demande d'argent faite si mat-a-
propos par l'entrernise du petit mirtistCre du 12 mai ne sera pour
cola ni Un anarchiste , ni un Jacobin, quoi qu'en dise le principal
organe des Tuileries, mais un homrne consequent avec le passé,
prudent quant an present et a L'avenir.
La rnonarchie West pas attaquCe parce qu'on no vent pas jeter in-
cessamrnent l'or du pays dans un goutTre qui parait Otre toujours
béant. Lamonarchie neseraitpas moms forte, iii moms respectéc,
pour nous servir des expressions desDdbats,si ses conseillers, dans
nos tenis de dCsastres financiers , voulaient Cpargner davantage La
contribuabtes.
bourse (I€S
En 1830, La monarchic qui subsiste encore aujourd'hui fut irne
transaction entre la monarchic pro?renient dite , c'est-à-dire la
restauration , et Un gouvernemcnt purement populaire. Des esprits
clairvoyans comprirent bien , des La prerniCre annCe du nouvel eta-
blissement , quo La cornédie des poignCes de main, des façons pIe-
bCiennes et des sourires prodigués a tout venant , enuin de ces ma-
niCres bourgeoises contrastant curieuseinent avec L'éctat do l'or et
du velours du trOne , flairait tristement par la rehabilitation des
couturnes et des traditions do L'ancienne royauté. Cotte réhabilita-
tiori so fait tous Los jours , et la cour s'attache au cCté le plus sotide
do ces habitudes princiCres. Quo le chateau en prenne a son aise
qu'il demande , dernando toujours, qu'i[ empite écus sur écus, qu'iL
grossisse des deniers de la nation une fortune, La plus énorme qui
soiL en Europe, c'est fort biert , c'est fort digne , si la chainbre n'y
met ordre.
Mais traitor de Jacobins les contribuablos qui no donneront pas
lour asseatitnont a cette dCbauche financière ; inais faire autant
d'ennomis do la royauté qu'il y a de gens qui no veulent pas l'Ccra-
ser sous los trésors , c'est montrer beaucoup d'imprudence , pour
deux ecoltentes raisons: d'abord , parce qu'on suppose La tiste ci-
vile capable do considCrer comrno étant sos adversairos tons ceu
qui no satisfont pas sans hésitor sos apptits de numéraire sans
cesse renaissaris , cc qui est insulter la royautC ; ensuite , parce
qu'en dCcernantun brevet de rCpublicainà chacun des contribuables
qui coridamuent La rapacité do La Liste civile , c'est prononcor en
quelquo sorte la déchCance do La monarchic, pour to ens possible
d'un vote négatif. _________

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