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Jeuiltetøn.

Jeuiltetøn.

LE ROMANCERO DU BRIGAND.
J'aime l'Espagne, non l'Espagiie de b'inquisitiori et de Ferdinand VII, pas I
flme colIc
de Riégo et de la constitution, mais lEspagne des kalifes maures
et des rois chrtjens I'Espagne de Calaynos CL de Gayferos chevaleresque I
, , ,
galante, valeureuse, libre mêruejusqu'à Is guerre des communes, jusqu'à la I
Snort
de don Juan de Padilla, to plus pur des patriotes ; j'aime l'Espagne des
throniques,
des romanceros, des novelas et des romans, compris celui de
'
Michel Cervantes, It qui soul je pUIS pardonner, It regret ceiendant, d'avoir
f
arodj la cheyalcrje dans un livre qur ne lui a pas 60 moms funeste quo
I
Invention de la poudre a canon tant dóplorée par be bon chevalier Bayard.
QneI
trësor do maxjmes morales d'histoire et de potsie dans ces cancio-
neros en apparence sans art, mais dont chaque vers est solennel on gracieux,
•dont be rhynime est à•la-fois Si favorable an récit et an chant, qui charment
enlj l'oreilte étrangère mêrne, a laquelle its ne transmettent qu'un Son har-
1011 ieux sans La pensée! Ce West pas seubement SOUS bes balcons de Madrid
qtte
cette bangue est musicale; sur les noires montagnes de l'Andatousie et
dans
les vallëes do Bartan j'ai entendu to chevrier on Ic villageols chanter
,
non 'in patois grossier, mais la noésie Ia plus delicate tantôt la romance de
'Cardona tantót colic du Condé tlaros, ou , plus mo-
méme les compositions
derues de Ce Gongora, qul, ordinairement Si maniónl, a su quciquefois corn- ,
,Poser avec
la grace antique des couplets tels que celui-ci:
Cc no sont
U pas tons des rossignols, ceux qui chantent parmi bes fleurs,
11 iflais des cbochettes d'argent qui nisonnent an retour de l'aube, mais des
a, sonflettes d'or qui tintent pour saltier le retour du soteil quo j'adore, etc.
"
Il n'y a pas moms de métodie dans les refrains si varies du muletier, dans
1
ComPlainte cadencée du mendiant
a et dans les chansons du matelot. C'est
bord du btttiment sur lequel je traversai la mer de Celle Ii Barcelonne
(pie j'appris les vers suivans qui sont, je crois de Camoens:
, ,
S Je veux alter, ma mere, dans cette gaiCre avec Ic marinier pour être
a marjniere
5 Ma mere si je vais oà it vent que j'aille cc West pas rnoi gui be veux,
, ,
C'est l'amour
.
a
Cetenfant cruel ordonnequeje meure pour un marinier, pour etre ma-
etc. a

i
Et le retour de ces deux derniers vers For un marfnero, A ser marl-
,
nera termine toutes les stanCes.
,
Mais c'est dans la socité d'un bandit et de sos compagnons que j'ai en-
tendu les romances tes plus délicieuses. J'ablais, en 482, rejoindre mon rê-
giment a Valence lorsque je fus arrtd par un capitaine de voleurs qui crut
,
devoir meretenirhuitjours prisonnier par mesure de precaution. An bout de
Ce tems je dois l'avouer, an risque de tons les son peons auxquebspeut expo-
,
ser l'Ioge d'un bandit, nous nous quittames les meilleurs amis du monde,
be pense, ne me croyant pas moms honnéte soldat moi, éprouvant
lui,je ,
pour liii cette estime relative cette sympathie memo qui nous innresse an
,
Iloque Guinart de Cervantes, an Charles Moor de Schiller, etc., etc.
de la vie de mon capitaine de voleurs et it in-
Un autre ferait Un volume ,
téresserait peut-être lelecteur aux vicissitudes de cette vie romanesqucet poe-
tique qili ne saurait apparteflir qu'à Un bandit espagnol ; mais je no l'ai cite
a 4 propos des romances dent it amusa sos loisirs de bandit et mes loisirs
de , - prisonnier. Jayme Alfonso, c'dtait son nom m'apparait encore aujou r-
,
d'hui non armC jusqu'aux dents sur unegrande route on an fond d'une noire
,
mais assis sur fin fragment de rocher, sa guitare en main avecle
caverne ,
,
4614 prés do lui et chantant son air lavori de Juan do Linares
romancero ,
a
Un air triste et plaintif, dont it était le premier s'attendrir et a pleurer
La jeunc fille vient do veiller, elle venait do veiller ( de prier la nuit it la
(C
a chapelte).
Dis, toi, bon ermite (que Dieu to donne la sainteoie! dis si tu as vu
a ),
passer par ici la chose quej'aime le micux. Elle venait de veiller.
a
Par ma foi boa cavalier, je te dirai la vCritd : je l'ai vue passer par ici
a ,
trois heures avant to jour. Elle venait do veiller.
a
Elie pleurait et die disait : Mat advienne a l'amoureux qui ne tient pas
H
a ses sermons. Elbevenait de veiller.
Maudit soit cot homme qui viole sa promesse et surtout si c'est avec los
a ,
femmes, avec qui on dolt surtout la tenir. Elle venait de veiller.
))
Et maiheur a la femme qui Sc fib aux hommes parce qu'elle finit
V ,
par Ctre la dupe de celui qui se disait son scrviteur. Bile venait do veil-
0
a ler.
'
Jayme Alfonso dtait redoutd mais non des paysansvalenciens. Exercant
, a
une sorte de justice distributive , redresseur de torts sa rnanière it Iivrait
,
aux plus pauvreS les dépouilles des riches, et, en retour, quand sa bande dtait
diSpersCe ou diminuCe par ses rencontres avec Ia Sainte-Hermandad, gendar-
merie de l'Espagnc, II trouvait toujours moyen do se sauver, grAce an fidèle
attachement qu'il avait inspire aux habitans des villages voisins. Jayine visi-

tait souvent sans crainte ses amis los villageois quand
SOS ennemis offlcieln
étaient loin; mais, aux jours de peril, it se retirait dans cette chaine de mon-
tagnesquis'dtendde Crdvillente, le long du royannie de Grenade, jusqu'em.
Portugal montagnes pleines do cavernes, anciens refuges des chrdtiens dvt
,
tems des uerres avec les Maures. Une anecdOte on deux feroni mieux '
connaitre ayme quo tout ce qu'on pourrait dire tie sa gCndrosite sin gu.-.
here.
. Un pauvre muletier, le sent messager qui existait depuis vingt ans entre
Alicante CL los environs, passait souvent prèsde laretraite deJayme Alfouso..
Ses paquets voyageaienl sur be dos d'une mule vicille et Ctique. Vu joui
Jayme l'arréte
Voilà une triste We do somme I lui dit-ib.
-
Oui bui rdpond le muletier; mais quand on n'en a pas d'autre...
- ,
Allons mets has sa charge ,
- , quo Jo liii fasse sauter Ic crane.
- Ayez pitid d'un pauvre homme ! dit le vieux muletier tout tremblani...
Fais cc queje te dis
- , on je tue ta mule avec sa charge sur le dos.
Toute resistance dtait inutile; it fallut obCir. Jayine Ctait adroit: la vieille
mulepCrit de la mort ordinairement rCservde an chevat de bataille.
- Maintenant, ditJayme, rends-toi an marchd de... in y trouverasun tel
qui vent vendre tine mute vilant cent cinquanto piastres mais it en do-.,
,
mande trois cents : les voilh va l'acheter et reviens chercher tes paquets.
,
Quand to vieiltard fut de retour, Jayme , après l'avoir aide a charger s at
alla attendre avec les siens le maquignon qu'il savait devoir passer monture
a ,
une demi-licue plus loin.
Halte-lk I lui cria-t-il, et si in veux passer outre compte-nous troim
- , ,
cents piastres.
Le maquignon cut beau se rdcrier it fallut remettre entre les mains de
, ,
voleurs les trois cents piastres qa'il avait precleusement serrCes dam sa.
ceinture.
-
Pendant ma captivitC Jayme fit rencontre d'un memo qui revenait d
, ek
precher dans ufle paroisse des environs.
Mon père quo vous a-t-on donnd pour votre sermon ? bui demanda-..
- ,
t-il.
Trois piastres.
-
Allons, a ce prix nous
- pouvons bien en entendre un aussi dit
, ,
Jayme.
Et , par ses ordres , la bande disposa un tas de pierres en forme de chaire
o1 be moine so placa d'assez bonne grace.
Et que vous jrecherai-je, seigneurs cavaliers? dit-1.
-
Un sermon sur to boa larron repond le capitaine avec gaite.
— ,

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