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clans Ia fatsfaUon des befoins & l'abfence

clans Ia fatsfaUon des befoins & l'abfence
a
de la douleur , it s'accroIt d'aurant plus Ia
a
vue Tun inforruné , que nous nous fentons
I'abri des tourments qu'iI endure. Le mal
étant hors de nous , & le bien-érre en nous
la comparaifon cfI entlérement a notre avan-
tage ; & c'eft cc .qui nous découvre le motif
du plaifir clue les fauvages mit 'a tourmenrer
leurs prifonniers. N'ayaut que pen on point
d'imagination , & manquant par conféquent
de prévoyance , it leur eft irnpoflib!e de fe
tnodifler comme ceux qu'ils font Iouff'rir. Le
niemi people de tons les pays, les enfants cbez
qui cette facuité Weft pas encore développée
& les vielilards qui l'ont perdue , fe trouvent
-peu-près dans le ntênie cas.
11 réfulte donc de ces principes que , tant
qite ilous bornons an moment prélent notre
exiftence, la pine eft nulle pour nous. Pour
fa fentir , it faut prévoir & iiredans i'avenir,
a
II faut fuppofer que des maux pareils ceux
a
que nous voyons peuvent nous arriver nous-
nAmes ; & prévoir , c'efl imuaginer. Conrraints
1 n'aimer clue nous auth Iongtemps clue notre
imagination refte dans l'inerrie, la pine tie
pent éclore quen donnant le change a l'amour
de fi, & en lc tranlportant, par one elpece de
fupercherie , fur des Ctres étrangers 2 nous.
De toutes les facultés de l'ame, l'imagivatio
elF la feule capable de produire des effts aulli
furprenants, Foyer unique de nos pallions
elle ne coinoit point de ti-em; capable de con-
duire a la découverne des vérités les plus
fublimes , ou de jeter clans les erreurs les plus
abfurdes , rien ne réfifte a ía puiflànce. Toures
les chimeres Ic réaiifent des qu'elle le veut ;
Jes diflances fe rapprochent, les flecks dilpa-
roiffeut, & le voile qui couvre l'avenir femble
quelquefois tomber poor Iui en laiflér fonder
les profonrieurs.
Ces rCflexions, jointes aux pafl'ages clue nous
avons citC , ferour fentir toute la jufceff de
la concluflon que l'Auteur tire de fes prin-
cipes
, a
Tandis qu'lan fauvage la vue d'une
ble fire , fe fClicite d'eii Ctre exempt, l'homme
dont l'imagination eft en exercice prévoit qu'il
feroit poflible qu'il en rectt une pareille. Cette
a
fuppofition faite , it ne tarde pas fe croire
percé do même trait. Ce n'efF plus Ic fang d'un
etranger qui conic , c'eft le flen; les anxiétCs,
les angoiflès do blefl'6 viennent en foule déchi-
rer Ion ame & y exciter Ia terreur : craignant
pour lui , it croit déjà reIlentirles plus cruelles
doulcurs, & l'agitanion qu'il Cprouve cli bien
réellement cc qu'on appelle la pitié.
Itidépeudammemmt de la pitié, I'Auteur traite
dns autant de difcours féparés , & avec Ic

nrne talent, du courage , de la curofitC &
Ic l'ennui , de l'amitié & de l'amour , de fa
reconnoifTiince & de l'ingratitude, de Ia con!'-
:ience & des remords, de Ia vertu , de I'efpé-
rance , de la crainte & do défeljaoir. Ces
Recherches renferment une foule de penfées
très-morales , rrès-phflofophiques , préfentCes
avec art & Cnergie. L'Auteur a In faire difpa-.
roitre lafCvérité dU fujet & defes railonnemenrs
par quantité d'anecdotes & de traits piquants
qui tons Viennent a l'appui de fes idécs & de
lies raifonnemeuns.
Voici on exemple de cc que peut le delpo-
tifme pour avilir I'homme , au point de lui
faire perdre toute idée de ía digniré , & de Ic
conduire au mépris de foi-méme , qui eft le
dernier degré de la baIléflie.
a
n Un Roi de Perle emit une grande chalTh
qul devoit durer dix jours ; mais , sérant mis
a
hoire Ic quatrieme jufqu'à Wen pouvoir plus,
a
if dit Manfour-Kan , Général de fes Mouf-
quetaires: je vais retourner 'a la yule; montons
tout-à-J'heure a cheval.Sire, luirépondir cc
Seigneur , ii n'eJ14qu'one /zeures du foir. On
n'attend pus Voire Majejie' clans la viZ/c ; rico
n'y eft préparépour larecevuir : ii nefera pus
de votre dignitI d'y entrer ainfi brufquemnent
an milieu de la rzmlit. LeRoi , indignC de cette
mi
oppofirion , tire Ic fibre , & , en difànt
chico qué mu es , as-tn bien l'infolermce de repli-
quer d ton M'aftre 7 it iui décharge on coup
qmliliii cit ouverm la tête en deux , s'iI mie
1'eIt pare de Ia main ; mais Ic coup éroit fi
rude qu'il en cut one grande taillade Ic long
de la main, de laquelle it fortit beaucoup de
fang , & I moitlC du turban fun emportée.
a
Le Général Ic mit dire: Sire ,jefuisfi ivrc
que je cc fais cc qile je dis ; mais ft pour ce/a,
on poor cc que j'ai ofd repliquer a Votre
Majefté, j 'ai étd ajfq malkcureur de me'riter
fun indignation , die n'a qu'd me commander
de me tuer , fans falir fes mains facrécs d
fang d'un c/mien comrnejefmiis; je me percerai
moi-métfle le'cuur."

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